Le monde à l'envers

Sous le Soleil Noir

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Ismaïl Haniyeh, ex premier ministre de « l’Autorité Palestinienne » s’épanche dans Le Monde:

Qu’est-ce qui empêche la libération du caporal israélien Gilad Shalit, enlevé le 25 juin 2006 ?

Nous avons toujours veillé à mettre fin aux souffrances du caporal Shalit et nous donnons plus d’importance à sa libération que les Israéliens eux-mêmes. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a 11 000 prisonniers palestiniens incarcérés en Israël qui souffrent de la même manière. Nous avons présenté une liste des détenus à libérer et elle a été refusée. Les Israéliens ne veulent pas répondre aux demandes qui ont été formulées par les partis de la résistance palestinienne.

Veiller à mettre fin aux souffrances du caporal Shalit ? Comparons ce discours à celui de Shalit lui-même (vidéo disponible sur Youtube):

« I’ve gone through a whole year in jail, and my health is still deteriorating and I’m in need of prolonged hospitalization. I regret the lack of interest shown by the Israeli government and the IDF in my case and their lack of response to the demands of the Islamic Brigades »

Shalit est donc en mauvaise santé et elle empire. Il dit avoir besoin d’une hospitalisation prolongée. Par « mettre fin à ses souffrances » faut-il comprendre « tuer à petit feu » ? Notez que la Croix Rouge, malgré ses demandes répétées, n’a jamais eu accès à Shalit, première violation des fameuses conventions de Genève, et que faire une vidéo de Shalit et la rendre publique en constitue une deuxième. Mais seuls les Etats civilisés appliquent les lois de la guerre, n’est-ce pas ?

Mais le chef terroriste n’est pas au bout de ses griefs:

Après la libération du journaliste de la BBC Alan Johnston, est-ce que vous avez été déçu par les réactions de la communauté internationale, notamment des Européens ?

Tout d’abord, la position des Européens est décevante, que ce soit avec ou sans la libération de Johnston. Le vrai problème est celui de l’occupation et de la souffrance du peuple palestinien. C’est la première fois dans l’histoire que la communauté internationale soutient l’occupant contre l’occupé. La décision européenne correspond à un aveuglement.

Le vrai problème est celui de l’occupation… mais laquelle ? Gaza est « libre » depuis septembre 2005. Alors de quelle occupation s’agit-il ?

Et Haniyeh embraye:

Ce que nous avons fait pour la libération de Johnston correspond à nos principes, à nos traditions et à nos convictions. Dès le début, nous avons dit que cet enlèvement contribuait à salir l’image et la cause palestinienne. C’est pour cela qu’il fallait y mettre fin sans attendre une récompense politique.

La libération d’Alan Johnston n’a rien à voir avec une quelconque tradition, des principes ou autres. La tradition du Hamas ce sont les attentats suicides, les roquettes tirées sur les civils, ne pas respecter la convention de Genève (cf le traitement de Gilad Shalit), tuer ses opposants en les jetant du haut d’immeubles… Libérer Johnston était impératif dès lors qu’il n’était plus utile: son maintien en captivité démontrait le peu d’autorité de l’Autorité Palestinienne, et « salissait » l’image des « pauvres victimes de l’occupation ».

L’interview continue:

Est-ce que le Hamas n’a pas commis une erreur en prenant le pouvoir à Gaza et en ruinant les efforts du gouvernement d’union nationale ?
Nous avons toujours été en faveur d’un gouvernement d’union nationale, même avant sa formation. Mais il y a également toujours eu, au sein du Fatah, un courant opposé à un partenariat politique et qui n’a jamais accepté les résultats des élections du 25 janvier 2006. Son comportement a démontré qu’il était allié avec des éléments extérieurs qui lui ont fourni des armes et de l’argent.

Cette faction planifiait un coup d’Etat contre la légitimité palestinienne. Le soutien venait d’Israël et des Etats-Unis. Ce courant palestinien avait déjà essayé de déstabiliser le gouvernement directement issu des élections avec les mêmes acteurs. En résumé, le gouvernement d’union nationale n’est pas responsable de ce qui s’est passé. Il y avait une situation d’urgence et nous y avons répondu.

Petite justification du coup d’Etat (oh pardon, il n’y a pas d’Etat palestinien, ce sont des territoires occupés:

Mais cela ne signifie-t-il pas la fin de l’Etat palestinien comprenant la bande de Gaza et la Cisjordanie ?
Il faut voir la réalité en face. Voilà quinze ans que l’on attend la création de l’Etat palestinien, qui n’existe toujours pas.

Ils attendent la création de l’Etat palestinien ? Et pourquoi n’ont-ils pas plutôt travaillé à son édification pendant tout ce temps ? Par exemple en écrivant une Constitution, en réfléchissant à des institutions judiciaires stables, à rédiger des lois permettant aux palestiniens de vivre en paix et en prospérité, etc ?

Haniyeh livre aussi une autre perle:

Avant de dire que quelque chose a disparu, il faut qu’il ait existé.

Tiens donc! La Palestine n’a jamais existé ? De l’aveu même du dirigeant du Hamas!
Et il continue:

Le Hamas s’est toujours battu pour la création de l’Etat palestinien. Il s’est toujours battu contre la corruption et il a toujours lutté contre l’occupant. Le comportement du Hamas a toujours été motivé par cet objectif et par rien d’autre. La bande de Gaza est pour tout le peuple palestinien. Ce n’est pas la propriété du Hamas et le peuple de Gaza fait partie du peuple palestinien. Nous n’acceptons pas la séparation.

Et quel devrait être le contenu de cet Etat palestinien ? A part la lutte contre la corruption, quelles devraient être les priorités d’un Etat palestinien ? Une économie prospère ? Des droits pour les citoyens ? Non, l’objectif du Hamas est (et « a toujours été ») de « lutter contre l’occupant ». Même quand l’occupant est parti, comme à Gaza. Ca n’empêche pourtant pas ce brave Haniyeh de prétendre oeuvrer pour les « palestiniens »:

Voulez-vous créer un Etat islamique ?
Nous ne voulons pas créer un émirat islamique. Ce n’est pas vrai, ce sont de fausses accusations.

Vous n’avez qu’à aller voir dans les rues de Gaza. La vie n’a pas changé. Nous avons renforcé la sécurité, les libertés personnelles. Nous sommes en faveur des droits de l’homme.

Sauf que la création d’un Etat islamique est écrit noir sur blanc dans la charte du Hamas, et que si le mot République n’y figure pas c’est évidemment parce que l’Etat islamique ne sera pas une république mais bien un émirat…
Quant aux délires sur les droits de l’homme, on en reparlera le jour où une gay pride sera organisée à Gaza.

Mahmoud Abbas a déclaré qu’il « n’ouvrirait jamais le moindre dialogue » avec le Hamas ?
Nous sommes pour le dialogue car c’est la seule solution. Nous ne fixons aucune condition. Abou Mazen a parlé de façon précipitée. Il sait très bien que la reconnaissance de nos droits légitimes ne se fera que s’il y a l’union et l’union se fait à travers le dialogue.

Le Hamas ne fixe aucune condition au dialogue, du moment qu’ils tiennent le fusil! Discours à destination des occidentaux crédules!

La bande de Gaza est une prison à ciel ouvert. Que comptez-vous faire pour que les points de passage soient à nouveau ouverts ?

Alors là il faut s’arrêter un instant sur la question du journaliste. Il pourrait dire « Gaza est soumis à un quasi-blocus » ou « Israël impose la fermeture des frontières de Gaza », mais non: Gaza est une prison! Le choix du terme n’est pas innocent: après avoir été « occupés », voilà que les palestiniens vont devenir « prisonniers ». Prisonniers ou otages ? Toutes les restrictions imposées sur la bande de Gaza sont consécutives à la prise de pouvoir du Hamas. Si les gazaouis soutiennent le Hamas, ils doivent en assumer les conséquences.

Il y a un proverbe arabe qui dit : « Il m’a frappé, ensuite il a pleuré, et après il est allé porter plainte contre moi. » Gaza est bouclé depuis sept ans, depuis le début de la (seconde) Intifada. La situation n’a fait que se dégrader. Elle a empiré après les élections de janvier 2006. Nous sommes face à un embargo aérien, terrestre et maritime. En Cisjordanie, c’est à peu près la même chose. La réalité est que le peuple palestinien est enfermé par l’occupant. Et cela, ce n’est pas la faute du Hamas. Toutes les accusations à notre encontre ne servent en fait qu’à masquer la réalité.

Bien évidemment, tout est la faute de l’occupant, rien n’est de la faute de Yasser Arafat et ses sbires, initiateurs de la seconde intifada.

Et le meilleur est pour la fin:

Est-ce que vous pensez toujours à un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ?
Notre position est toujours la même. Un Etat palestinien dans les frontières d’avant la guerre de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. C’est notre objectif, avec ensuite une trêve de longue durée avec Israël.

Discours destiné à perdre les naïfs: la charte du Hamas est claire à cet égard, l’objectif final du Hamas est d’établir un Etat islamique sur tout le territoire d’Israël. Qu’Haniyeh évoque une hudna est donc risible: les trêves islamiques sont avant tout destinées à réorganiser ses propres forces en vue de la prochaine bataille, pour ne pas être annihilés devant un ennemi plus puissant. Le Hamas compte donc sur la restreinte d’Israël pour ne pas être écrasé, en appelle donc à une « trêve » (qui de toute façon ne serait pas respectée par des groupuscules étrangement laissés libres d’agir à leur guise), et pourrait à la manière du Hezbollah importer des roquettes plus efficaces, des missiles sol-air, antichars, des armes automatiques… le tout avant de recommencer à attaquer Israël avec un arsenal renouvelé.

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