{"id":66,"date":"2004-06-03T08:09:52","date_gmt":"2004-06-02T23:09:52","guid":{"rendered":""},"modified":"2007-07-07T02:22:35","modified_gmt":"2007-07-07T09:22:35","slug":"perisse-donc-le-festival-de-cannes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lmae.net\/?p=66","title":{"rendered":"P\u00e9risse donc le festival de Cannes!"},"content":{"rendered":"<p>Billet radiophonique diffus\u00e9 le 30 mai 2004, sur RCJ, par M. Gurfinkiel (avec son autorisation).<\/p>\n<blockquote><p>\nAyons le courage de le dire : le Festival de Cannes est aujourd&rsquo;hui &#8211; et de loin &#8211; le plus mauvais festival de cin\u00e9ma du monde. Le d\u00e9clin a sans doute commenc\u00e9 voici une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, quand on rasa le joli palais de la Croisette, sorti d&rsquo;un roman de Scott Fitzgerald, pour le remplacer par ce que les populations locales eurent t\u00f4t fait de surnommer \u00ab\u00a0le bunker\u00a0\u00bb. Les lieux ont un esprit. Surtout les lieux d&rsquo;exception. Ils se vengent quand on les saccage. Du jour que le carrosse de la Croisette a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9 en citrouille de b\u00e9ton, le Festival de la libert\u00e9 est devenu celui de la provocation ; le Festival de l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, celui du toc ; et celui des cr\u00e9ateurs n&rsquo;a plus \u00e9t\u00e9 que celui des faiseurs.<\/p>\n<p>2004 restera, \u00e0 cet \u00e9gard, le mill\u00e9sime noir, le nadir , l&rsquo; annus horribilis . Si j&rsquo;en crois les critiques, les vrais, les seuls, ceux qui aiment le cin\u00e9ma d&rsquo;amour-passion, les oeuvres fortes et les chefs-d&rsquo;oeuvre n&rsquo;ont pas manqu\u00e9. Wong Kar-Wai, Chinois de Hong-Kong, l&rsquo;auteur du fabuleux In the Mood for Love, que les jur\u00e9s cannois avaient d\u00e9j\u00e0 ignor\u00e9, en l&rsquo;an 2000, pr\u00e9sentait un autre film, dans la m\u00eame veine et sous le signe du m\u00eame g\u00e9nie, 2046. Rien. Pas une mention. Pas un accessit. Pas le plus petit prix p\u00e9riph\u00e9rique pour le sc\u00e9nario, la photographie ou les seconds r\u00f4les. Cela fait furieusement penser aux Editions Gallimard de 1917, recalant Marcel Proust parce que A la Recherche du temps perdu n&rsquo;\u00e9tait, \u00e0 leurs yeux, qu&rsquo;une \u00ab\u00a0histoire de duchesses\u00a0\u00bb. Sauf que la faute, ici, est suivie d&rsquo;une r\u00e9cidive. Le Br\u00e9silien Walter Salles, auteur de Centro do Brasil, l&rsquo;un des meilleurs films des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, raconte, dans Carnets de Voyages, le p\u00e9riple en moto \u00e0 travers l&rsquo;Am\u00e9rique latine, en l&rsquo;an de gr\u00e2ce 1952, d&rsquo;un certain Ernesto Guevara qui allait devenir le Che.<\/p>\n<p>Un sujet qui aurait pu \u00eatre politiquement correct, mais o\u00f9 les sentiments humains l&#8217;emportent, malheureusement, sur la ligne du parti, et o\u00f9 l&rsquo;on cherche en vain la moindre allusion proph\u00e9tique \u00e0 la r\u00e9volte des peuples du d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, latinos ou autres, contre l&rsquo;affreuse administration George W. Bush. Pas un prix, \u00e9videmment. Pas une mention. Pas un accessit. L&rsquo;Anglais Stephen Hopkins, dont rien ne permet de penser qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de gauche, n&rsquo;a pas eu plus de chance avec son portrait saisissant, tragique, du c\u00e9l\u00e9brissime acteur Peter Sellers ; il est vrai qu&rsquo;il a eu la sottise de ne pas dire \u00e0 haute voix, comme tout le jury s&rsquo;y attendait, que ce portrait \u00e9tait en fait une d\u00e9nonciation du meilleur acteur britannique apr\u00e8s Sellers, le premier ministre actuel Tony Blair, soi-disant travailliste mais surtout ami de l&rsquo;affreux George Bush-fils, l&rsquo;actuel pr\u00e9sident des Etats-Unis.<\/p>\n<p>La palme d&rsquo;or, on appelle toujours cela la palme d&rsquo;or, buvons le calice jusqu&rsquo;\u00e0 la lie, est all\u00e9e \u00e0 un non-film, un machin de propagande, Farenheit 9\/11, le pensum o\u00f9 l&rsquo;Am\u00e9ricain Michael Moore (Michael Moore ? Vous connaissez ? Vous avez vu UN SEUL de ses films ? Vous avez dit une seule fois, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 votre vieille m\u00e8re, votre \u00e9pouse bien-aim\u00e9e, ou votre petite amie : \u00ab\u00a0Allez, ce soir, on se l\u00e2che, on va voir le dernier Michael Moore? \u00ab\u00a0).<\/p>\n<p>L&rsquo;Am\u00e9ricain Moore, donc, pr\u00e9nom Michael, s&rsquo;\u00e9vertue \u00e0 prouver que la famille Bush, George p\u00e8re et George fils, connaissait la famille Ben Laden, p\u00e8re, m\u00e8re, fils, cousins, cousines, oncles et petits-neveux, et que, par cons\u00e9quent, suivez mon regard, ils ont \u00e9t\u00e9 complices des \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre 2001. Passons sur la th\u00e8se, la plus d\u00e9bile et la plus honteuse qui soit.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr que les Bush, industriels am\u00e9ricains du p\u00e9trole, avaient rencontr\u00e9 des Ben Laden, compradores d&rsquo;une monarchie p\u00e9troli\u00e8re, et m\u00eame sympathis\u00e9 avec eux, comme on sympathise, tr\u00e8s superficiellement, entre gens du m\u00eame business. Mais ce qui est int\u00e9ressant &#8211; et que Moore (vous avez dit Moore, comme c&rsquo;est Moore) n&rsquo;a m\u00eame pas le demi-quart de talent de montrer -, c&rsquo;est que, primo, les Ben Laden, charmants Saoudiens am\u00e9ricanis\u00e9s, ont bien produit le canard noir Oussama, qui, apr\u00e8s une carri\u00e8re de playboy, est devenu le grand pontife que l&rsquo;on sait de l&rsquo;islam ultra-rigoriste et du terrorisme tous azimuts, et que, secundo, Bush-fils, tout ficel\u00e9 qu&rsquo;il aurait d\u00fb \u00eatre dans ses amiti\u00e9s saoudiennes, n&rsquo;en a pas moins pris &#8211; avant et apr\u00e8s le 11 septembre &#8211; ses distances avec Riyad, en particulier, et le monde arabo-musulman, en g\u00e9n\u00e9ral, fait la guerre en Afghanistan et en Irak, et soutenu Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la th\u00e8se, il y a les moyens. Bien entendu, on peut faire son cin\u00e9ma comme on veut, m\u00e9langer les genres, les styles et les \u00e9critures. Si l&rsquo;on a du talent. Ou l&rsquo;ombre d&rsquo;un talent. L&rsquo;ennui, c&rsquo;est que Moore (vous avez dit Moore, vous \u00eates s\u00fbr que votre dernier IRM \u00e9tait rassurant ?), Moore, der Mann ohne Talent [sans talent], qui abuse des images d&rsquo;archives (normal pour quelqu&rsquo;un qui, le pauvre, ne sait pas filmer), y m\u00eale, sans crier gare, des images fa\u00e7on archives, mais purement fictives. Il est accablant que le Festival de Cannes donne sa palme de cin\u00e9aste \u00e0 un simple monteur, mais plus d\u00e9sesp\u00e9rant encore qu&rsquo;il le donne \u00e0 un monteur menteur.<\/p>\n<p>Je passe sur les autres m\u00e9faits et ridicules de Cannes 2004. Sauf sur le prix, dit de la Cam\u00e9ra d&rsquo;Or, attribu\u00e9, \u00e0 l&rsquo;Isra\u00e9lienne Keren Yadaya, pour un film intitul\u00e9 Or. J&rsquo;ai cru d&rsquo;abord que le jury, \u00e9puis\u00e9 par l&rsquo;affaire Moore (vous avez dit Moore, allongez-vous, le docteur est l\u00e0 dans une minute), avait c\u00e9d\u00e9 aux vertiges de l&rsquo;homonymie. Il para\u00eet que non. Que c&rsquo;est vraiment le film que l&rsquo;on r\u00e9compense. Une histoire de prostitu\u00e9e dont la fille sombre, elle aussi et inexorablement, dans la prostitution. Allons, allons, ne me dites pas que vous n&rsquo;avez pas compris : un symbole aveuglant de la mal\u00e9diction h\u00e9r\u00e9ditaire qui p\u00e8se sur le sionisme !<\/p>\n<p>P\u00e9risse donc le Festival de Cannes, sauf, bien s\u00fbr, si, par miracle, il redevient ce qu&rsquo;il \u00e9tait. Et que vive le cin\u00e9ma !\n<\/p><\/blockquote>\n<p>\npar M. Gurfinkiel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Billet radiophonique diffus\u00e9 le 30 mai 2004, sur RCJ, par M. Gurfinkiel (avec son autorisation). 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